Zaid Yacine..Gavroche à Hassi Messaoud...PORTRAIT il y a 112 jours Citation('1105502','1105502','5','9060')">Reporter spam

« Gentil garçon »
à la silhouette frêle, rien ne le prédestinait à devenir, à son corps
défendant, une icône de la révolte ouvrière à Hassi Messaoud et un porte
drapeau des travailleurs victimes de « l’esclavagisme moderne ». Pour
illustré son « ignorance » de ce monde cruel, il reconnait, sans
honte, et même en riant : « Avant je confondais entre Sidi Saïd de l’UGTA
et Saïd Saadi du RCD». Lui, c’est Yacine Zaid, un enfant de Laghouat, au
climat dur. Il perd sa mère très jeune, à l’âge d’un an et fut élevée par sa grand-mère
maternelle. Après une scolarité « ordinaire », il quitte l’école en
1987 et aide son père dans son travail. En 1994, il intègre la société
américaine Bechtel, spécialisée dans les pipelines, et depuis, il
« baigne » dans cet univers des sociétés pétrolières multinationales.
« Un univers de hoggra et d’exploitation sans limites » indique-t-il.
Après plusieurs boites, il atterrit à Eurest Support Services (ESS), une
filiale du leader mondial de la restauration collective, installée à Hassi
Messaoud, en 2004 comme agent de sécurité. Après deux années de bons et loyaux
services pour lesquels il a été promu superviseur de sécurité. « Je vivais
bien et je ne manquais de rien » affirme-t-il, mais « ce n’était pas
le cas des autres travailleurs. Leurs conditions de vie et de travail était à
la limite de l’entendement » souligne-t-il. Manque de sécurité sur les
lieux de travail, manque d’hygiène dans les bases de vie, brimades, insultes…
« Intenable ! ». Sa vie bascule complètement le jour où il a
voulu, en compagnie d’autres travailleurs de l’entreprise, de créer une section
syndicale pour défendre leurs intérêts. Une assemblée générale a été organisée
sous l’égide de l’UGTA et il fut élu secrétaire général. Depuis, c’est la
descente aux enfers. La direction d’Eurest refuse de la reconnaître au mépris
de toutes les lois. Pour le punir et lui faire passer son envie de « jouer
les héros », la direction commence à lui chercher « la petite
bête ». « Des histoires invraisemblables et même ridicules »
avoue-t-il. Négligence dans le travail, insultes envers les responsables…etc.
Après plusieurs démêlés avec eux dans les couloirs des tribunaux, des
condamnations, des pressions, des intimidations et des tentatives de
corruption, la société finit par trouver la faille et « le mettre
dehors ». La section syndicale a été gelée par le secrétaire général de
l’Union de Wilaya de…l’UGTA. Et c’est ce moment là que la direction a choisi
pour « frapper ». S’ensuit alors un véritable « combat contre le
mal » personnifié par les responsables d’Eurest. Sans boulot, traîné de
tribunal à un autre, en bute à des contraintes familiales e lâché par l’UGTA,
Yacine résiste encore. Il lance, à lui tout seul, une véritable campagne sur le
net. Il créé un blog, puis un site et fait face à une série de plaintes en
diffamations. A chaque fois, bien sur, il ouvre sa porte à un huissier de
justice qui lui ramène sa convocation de justice. « Des fois j’envois
jusqu’à 500 mails par jour » affirme-t-il. Il reçoit des soutiens du monde
entier. Cela l’encourage et compense « le silence local ».
« J’ai foutu ma vie en l’air pour dénoncer ces monstres là. J’ai divorcé
d’avec ma femme, j’ai vendu ma maison et j’ai esquinté ma santé… Je n’ai plus
rien à perdre. Ma dignité n’a pas de prix » clame-t-il avec rage. Au-delà
du combat de Yacine pour faire valoir ses droits et réintégrer son travail,
c’est toute la situation des travailleurs, faite de misère et d’exploitation,
générée par ces nouveaux exploiteurs des temps modernes, dont la devise et le
maître mot sont : Profit, profit et profit, qui se profile.
Par Boudjemâa
Medjkoune Algérienews 02-08-09
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