An 1 de l’Appel du 19 mars, vers un Front pour le Changement ! il y a 802 il y a ... jours Citation('1105502','1105502','5','9236')">Reporter spam

« Nous, Algériennes et Algériens, signataires du présent appel,
avons décidé de prendre nos responsabilités devant notre Nation et devant
l’Histoire, pour en appeler à la mobilisation permanente du peuple algérien
contre le pouvoir politique illégitime en place et d’œuvrer à l’instauration
d’un Etat de Droit tel que défini par la déclaration historique du premier
novembre 1954. »
Ainsi commence l’appel lancé le 19 mars 2009 par un groupe d’intellectuel(le)s
algérien(ne)s qui décidèrent de sortir de la léthargie dans laquelle se
complaisait l’élite de notre pays. Faisant écho à la Déclaration du 1er
novembre 1954, cet appel se voulait une rupture radicale avec le climat de
résignation qui règne dans la société algérienne. Faisant une analyse claire et
sans complaisance de la nature du pouvoir qui dirige le pays depuis
l’indépendance – une succession de groupes et de clans, un même système
illégitime et antipopulaire – le texte se veut un refus de la politique de
compromission menée par la plupart des partis d’opposition et un appel à la
mobilisation permanente des Algériennes et Algériens sincères pour mener une
lutte contre le pouvoir illégitime par des « moyens exclusivement politiques
pacifiques et démocratiques ».
Le texte de l’Appel constitue sans conteste une référence que chaque
intervenant sur LQA devrait lire et méditer afin de progresser dans la voie du
changement pacifique. Enonçant clairement les valeurs et principes
démocratiques autour desquels toutes les véritables forces patriotiques sont
appelées à se rassembler, il définit les moyens de lutte contre le pouvoir
illégitime et fait des propositions concrètes de sortie de crise, dont le terme
ultime serait l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante, première étape
dans l’édification d’une Algérie nouvelle, fraternelle et prospère, celle de
l’Etat de droit.
Les adhérents à l’Appel ont foi en les capacités du peuple algérien à
prendre sa destinée en main. Ils savent, cependant, qu’un long et patient
travail d’éveil des consciences, de mobilisation et d’éducation doit être mené
par les élites saines et éclairées pour parvenir au but tant désiré : la
souveraineté du peuple, à travers l’Etat de droit. Chaque Algérienne, chaque
Algérien se doit de vaincre la peur qui l’habite et le paralyse et l’égoïsme
qui l’empêche de voir l’intérêt de la communauté avant le sien propre afin de
se réapproprier ses droits inaliénables. La sensibilisation et la mobilisation
aussi larges que possible de l’opinion publique nationale et internationale et
la diffusion de « nos idées, de nos propositions et de nos
revendications pour l’avènement de la Dignité et du changement dans notre pays
» sont les moyens jugés les plus appropriés pour atteindre les objectifs visés.
En cette date anniversaire, et dans le but d’évaluer le chemin parcouru et
donner une nouvelle impulsion à notre dynamique, il nous a paru important de
faire un premier bilan de notre action.
Il est clair que sans un large rassemblement des forces patriotiques autour
d’une plateforme d’action commune, dont l’Appel du 19 mars se veut la première
pierre, aucune action militante efficace ayant pour but le changement radical
et pacifique du système politique dans notre pays ne pourra être entreprise.
Les 18 années vécues par notre pays dans un climat de violences politiques
inouïes, ont profondément marqué la société et créé de larges fractures que le
pouvoir en place, à travers sa police politique notamment, a contribué à
susciter et à renforcer, obéissant en cela au vieil adage appliqué par tous les
pouvoirs tyranniques : diviser pour régner. Dépasser les divisions pour
aboutir à un large consensus autour d’un même objectif – la mise en place d’un
Etat de droit – est une nécessité impérative, vitale même. C’est dans ce but
que la coordination de l’Appel a jugé de la plus haute importance la mise en
place d’un organe d’information sur Internet faisant également office de forum
permanent où les patriotes désireux d’œuvrer pour le changement puissent
s’informer et se rencontrer pour débattre et faire des propositions concrètes,
en toute démocratie et dans un climat serein et fraternel.
La naissance du Quotidien d’Algérie (LQA) a constitué de ce fait une étape
essentielle dans la mise en œuvre du programme d’action de l’Appel. En quelques
mois, une communauté d’Algériennes et d’Algériens, vivant au pays ou à
l’étranger, unis par un même idéal, celui du changement pacifique pour une
Algérie libre et démocratique, s’est constituée. Petit à petit, dépassant le
langage de l’insulte et de l’exclusion que l’on retrouve malheureusement dans
de nombreux forums similaires, faisant l’apprentissage concret de la démocratie
véritable, celle de l’écoute de l’autre et de l’échange d’idées dans la
sérénité et le respect mutuel, les intervenant(e)s sur LQA ont contribué par
leurs articles et leurs nombreux commentaires d’un niveau élevé à constituer un
vaste corpus d’idées représentatif de tous les courants et sensibilités qui
traversent la société algérienne.
Parmi les sujets traités, les plus importants sont :
- Les voies et moyens du changement pacifique : En proclamant que
« Nos moyens de lutte contre ce pouvoir illégitime seront exclusivement
politiques, pacifiques et démocratiques. », l’Appel du 19 Mars 2009
s’est formellement inscrit dans une stratégie de non-violence, en tant que
moyen de lutte pour un changement pacifique du système politique autoritaire,
illégitime et corrompu en place dans notre pays, depuis son accession à
l’Indépendance en 1962.
Un tel positionnement est la conséquence logique de l’idéal-même que nous
poursuivons, à savoir, l’instauration en Algérie, d’Institutions politiques
réellement et authentiquement démocratiques issues de la seule volonté
souveraine du Peuple algérien, exprimée à travers le suffrage universel et
entérinant formellement la séparation des pouvoirs, Législatif, Exécutif et
Judiciaire.
Nous sommes fiers de faire le constat ici, qu’en à peine une année, la
parole des citoyens algériens s’est largement affranchie et libérée de la peur
et que de nombreuses initiatives citoyennes similaires aux nôtres ont vu le
jour, amplifiant ainsi la contestation citoyenne partout à travers l’ensemble
du territoire national, grâce à l’addition de nos moyens d’expression, si
modestes soient-ils, en particulier grâce à ce merveilleux outil et support
médiatique de l’expression, qu’est le réseau d’Internet.
Sur le front de la lutte des travailleurs pour la défense de leurs droits
sociaux, tous secteurs confondus, mais en particulier dans le secteur public,
comme par exemple dans la branche de l’Education nationale ou celle de la
Santé, nous avons assisté ces derniers mois à des actions courageuses des
syndicats autonomes dont le succès des grèves a réellement ébranlé l’arrogance
des Administrations concernées et jeté le discrédit sur le syndicat organique
et corrompu, aux ordres du pouvoir.
Ce sont autant de formes de lutte que nous soutenons pour affirmer sa
pleine citoyenneté et arracher ses droits légitimes.
La contestation citoyenne d’un régime, moralement et matériellement
corrompu, pour sa gestion catastrophique du pays, doit s’élargir
aujourd’hui à d’autres secteurs et comme l’a précisé la majorité des
intervenants, de manière pacifique.
De nombreux compatriotes ont insisté sur la désobéissance civile, comme
moyen de résistance au pouvoir en place, dans une seconde étape.
L’institution militaire : a fait l’objet d’un large débat.
Considérée comme la détentrice du véritable pouvoir depuis l’indépendance, elle
constitue avec la police politique (DRS), la colonne vertébrale du système
politique algérien. Il ressort de ces débats qu’aujourd’hui et après la
douloureuse expérience des années passées, il devient urgent de réconcilier
notre armée avec son peuple qui est l’essence même de son existence et que
l’institution doit-être comme toutes les autres institutions de la République
sous l’autorité politique légitime. Réparer la relation armée-citoyens passe
d’abord par la croyance et la certitude de servir avant tout l’Algérie et son
peuple. En aucun cas l’institution ne doit servir comme bouclier à une
quelconque oligarchie ou clan, car la manière la plus sûre de préserver
l’institution militaire est de lui éviter l’ingérence dans les luttes claniques
ou politiciennes.
Tout comme la question des « services » a été longuement évoquée.
Il en ressort des discussions que ces services de renseignement ont toujours
joué le rôle de police politique, infiltrant toutes les structures politiques,
économiques, sociales et administratives. Sa dissolution et son remplacement
par des services de renseignement efficients, comme dans tous les Etats de
droit, au service de la stabilité du pays et de la sécurité des citoyens, dans
le strict respect de ses attributions et missions définies par les lois de la
République est une nécessité.
L’opposition : Peut-on parler d’opposition dans un pays où tout est verrouillé ? Des
discussions ont eu lieu sur le site à ce propos et l’impression générale qui
s’en dégage est que cette opposition telle qu’elle existe, soit se confond avec
le pouvoir, lui est acquise et sert de façade démocratique, soit est totalement
muselée, bien que de temps en temps des voix s’élèvent ça et là et sont
laissées s’exprimer pour ancrer l’idée qu’il y a une réelle opposition dans le
pays.
L’opposition véritable est celle qui infléchit les décisions du pouvoir et
l’amène à reconsidérer, sous la pression, ses décisions. Elle constitue un réel
contre-pouvoir qui s’exerce par le biais de la mobilisation populaire. Tous
font le même constat hélas ! Aucune opposition ne peut se targuer de ces
prouesses. Et pour reprendre un compatriote, la véritable opposition est à
construire ou à reconstruire.
- Les langues et l’identité nationales : Se situant bien loin
des clivages artificiels habituels, notre Appel revendique une identité
raisonnée et solidement ancrée dans notre Histoire et notre culture, dans le
respect de la diversité qui constitue une véritable richesse pour notre Nation.
Cette question a fait l’objet d’un large et chaud débat, avec parfois des
excès. Le déni identitaire et l’instrumentalisation des fondements de notre
Algérianité par le pouvoir illégitime ont, dans un premier temps, provoqué une
réaction populaire légitime. Cette réaction a été à son tour instrumentalisée
pour diviser les Algériens et créer des extrémismes violents. La majorité des
intervenants se reconnait cependant dans son Algérianité pleine et
indissociable, forgée par l’Histoire qui a résisté à la politique destructrice
coloniale et qui résistera aux extrémismes minoritaires de tous bords.
Il en ressort que le renforcement de notre identité nationale, dans le
cadre d’une lutte démocratique orientée vers le rétablissement de l’ordre
citoyen, passe nécessairement par la conjugaison de toutes nos valeurs
civilisationnelles, culturelles, religieuses, intellectuelles et politiques,
avec notre sincère volonté d’instaurer un contrat social qui puise sa force
dans la sagesse de l’union dans la différence et la diversité et un Etat qui
fonde sa légitimité sur les choix authentiques du peuple. Pour mettre fin aux
extrémismes au nom desquels se font ébranler jusque les fondements de la nation
algérienne, le peuple algérien est tenu de récuser toutes les formes de
crispation, notamment linguistiques et religieuses.
- La démocratie en rapport avec nos valeurs civilisationnelles
- La question de la démocratie et des valeurs qui la fondent par rapport à
notre héritage culturel et nos traditions a reçu un traitement étendu, sous
forme d’articles et à travers de nombreux commentaires. L’Etat de droit, en
tant que cadre d’expression de la souveraineté du peuple et garant des libertés
individuelles, est considéré par tous les intervenants comme la seule
alternative à même de sortir le pays du marasme qu’il connaît depuis plusieurs
décennies. La compatibilité de la démocratie avec les valeurs islamiques a été
clairement soulignée, de même que la nécessité de garantir les libertés
d’opinion et de conscience. Les débats ont cependant montré que la laïcité
reste un sujet controversé : entre les partisans d’une stricte séparation
du champ politique et du champ religieux et ceux qui pensent que nos lois
doivent être basées sur les principes islamiques, le débat a souvent été
passionné et une plus grande clarification des thèses défendues par les uns et
les autres est nécessaire afin de concilier les positions et élargir le
consensus sur cette question.
- Le rôle des intellectuels
Cette question a été de tous les débats sur LQA montrant ainsi que les
intellectuels sont la pierre angulaire de l’évolution d’une société. Or, en
Algérie, ils semblent avoir renoncé à leur rôle laissant leur peuple dans le
désarroi. « Le monde est dangereux à vivre! Non pas tant à cause de ceux
qui font le mal (généralement c’est une infime minorité), mais à cause de ceux
qui regardent et laissent faire (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) ».
La logique de cette citation du célèbre savant Albert Einstein convient
fort bien pour expliquer les déboires de l’Algérie tant il est vrai que la
culpabilité évidente du pouvoir n’exclut nullement la responsabilité de la
société algérienne, principalement sa frange savante
« intellectuelle » ou « intelligentsia » peu importe le
terme, du moment qu’il renvoie à celles et ceux qui sont sensés être à la
fois sa conscience et son vivier. Oui, le pouvoir algérien est corrompu,
oppressif, illégitime, assassin, etc., etc. Cela fait des années que de
nombreuses voix le dénoncent et des doigts accusateurs sont pointés dans sa
direction. L’ont-ils fait fléchir d’un iota? Ont-ils changé quelque chose à la
condition misérable de notre peuple? Pour toute réponse, nous avons la
situation exécrable des citoyens et l’image insultante qu’offre notre pays au
reste du monde. Voyons les choses en face et demandons-nous à quel point nous
en sommes responsables, ne serait-ce que d’avoir laissé faire ce pouvoir, qui
non seulement a dépouillé les Algériens de leurs richesses, leurs valeurs et
leur fierté, mais a aussi mis en péril l’avenir du pays et des générations
futures.
Aujourd’hui, rien qu’à lire la presse sur la perversion en tous genres, on
voit que le seuil de l’intolérable a été atteint et nul n’a le droit de fermer
les yeux et de se taire. Les initiateurs de L’Appel du 19 mars ont brisé ce
silence suicidaire, il y a exactement un an. Et un des objectifs de cet Appel est
de rejoindre les « intellectuels algériens » où qu’ils se trouvent
afin de les inciter à l’action pour le changement démocratique. S’il y a un
bilan à faire un an après l’Appel sur cette question, et bien qu’il soit
positif, il n’est pas satisfaisant pour autant. Celles et ceux qui ont adopté
l’Appel et travaillé à son enrichissement ou à le faire connaître aurait
souhaité qu’un nombre plus important de nos « intellectuels » sortent
de leur silence et s’impliquent dans l’action politique pour accélérer la fin
du régime de la dévastation de l’Algérie.
Cela dit, en une année d’existence et en dépit des énormes obstacles que
rencontre la coordination en Algérie, l’Appel du 19 mars a réuni de nombreux
Algériens dont les échanges et les contributions ont enrichi les débats faisant
de LQA une tribune des plus engagées pour le changement démocratique en
Algérie. Vivement les prochaines étapes qui verront se matérialiser le
rassemblement de toutes les forces agissantes dans notre pays pour donner vie
au Front du changement National.
Sur tous les sujets qui précèdent, ainsi que sur de nombreux autres thèmes
qui ne peuvent être évoqués, faute de place, nous pouvons affirmer qu’un
progrès sensible a été réalisé dans le rapprochement des positions des uns et
des autres, à travers des débats francs et sincères d’où la langue de bois
était bannie et où les seules limites imposées étaient celles de la courtoisie
et de la bienséance.
En plus du travail de sensibilisation et de mobilisation des forces
patriotiques autour de l’objectif du changement, LQA a également fait un effort
continu d’information sur la vie quotidienne du pays, qui s’est caractérisée,
notamment, par :
L’intensification du mouvement populaire : grèves dans les
secteurs économiques, de l’éducation et de la santé ; soulèvements des
populations des quartiers défavorisés d’Alger et dans d’autres villes contre la
hogra, le mépris et l’injustice.
Dans un quotidien fait de paupérisation, de chômage, d’exclusion et de
provocations, et à défaut de faire partie du lot des harragas, des milliers de
jeunes et de moins jeunes se révoltent et se construisent une identité par
« le pneu brûlé », un schéma que nous retrouvons y compris chez les
étudiants et qui est devenu par la force des choses le seul moyen par lequel
s’exprime ce peuple, toutes régions confondues, et toutes catégories
confondues, et ce, face à un pouvoir qui détient tous les moyens
d’expression et qui reste extra national dans ses visions et ses démarches et
anti national dans sa nature. Qu’il s’agisse d’attributions de logements
arbitraires, de coupures d’eau intolérables, d’absence de transport, de
résultats de concours truqués ou de toute autre situation d’injustice
flagrante subie par une population qui n’a rien pour se défendre, les émeutes
restent le seul moyen d’expression de ceux qui n’ont ni syndicat ni
représentant ni président pour les écouter encore moins les défendre. Le
pouvoir est absent de la vie citoyenne, il ne s’exprime que pour réprimer et
n’apparaît fortement que via ses troupes anti-émeutes.
Nous remarquons d’ailleurs que souvent lorsque tout un quartier se soulève,
comme ce fût le cas à Diar Echems, tout le monde fédère et participe au
soulèvement et à l’émeute, dans un mouvement vécu comme une révolte et un début
de libération, même les femmes s’associent. C’est une première qui
démontre bien que nous sommes en présence d’un véritable mouvement social.
L’aggravation de la crise et de la lutte des clans au sommet de l’Etat et l’apparition au
grand jour de graves affaires de corruption et de malversations ayant touché
tous les secteurs d’activité, en particulier – fait d’une grande gravité pour
la survie du pays – Sonatrach.
La dénonciation des atteintes aux droits de l’Homme en général et à ceux
des travailleuses et travailleurs en particulier a également constitué un axe
majeur dans l’effort mené par la coordination de l’Appel. Citons en
particulier :
- La lutte du Dr Fekhar : Militant des
droits de l’homme de terrain, il sera la cible d’une vaste répression depuis
l’année 2004. Emprisonné durant cinq mois après son arrestation le 1er
novembre 2004, il fera l’objet de plusieurs procès iniques de la part d’une
justice instrumentalisée. Il sera à nouveau arrêté le 15 juin 2009 et
gardé à vue au commissariat central de Ghardaïa où il observera immédiatement
une grève de la faim. Une odieuse cabale juridico-policière sera montée contre
lui. Un vaste élan populaire entrainera sa libération. Il fera l’objet d’un
nouveau procès en appel en décembre 2009 où il sera acquitté ainsi que ses
compagnons, après que le collectif d’avocats aura démontré et démonté la
grossière machination dont ils avaient fait l’objet. Un représentant de la
coordination de l’Appel du 19 mars était présent au procès pour soutenir les
victimes de l’arbitraire et la population de Ghardaïa, mobilisée pour cette
cause juste. C’est sans conteste une grande victoire et la démonstration de la
capacité de la mobilisation populaire à faire reculer les forces de l’oppression.
- L’affaire du jeune Mohamed Baba Nadjar de Ghardaïa, condamné
à mort puis à perpétuité pour l’assassinat d’un citoyen de la ville, crime
qu’il nie de toutes ses forces : Un comité de soutien international a été
mis en place pour sensibiliser l’opinion publique sur le cas de cet innocent
qui croupit en prison pour un crime qu’il n’a pas commis. Les signataires de
l’Appel font partie de ce comité de soutien et le coordinateur a assisté à ses
deux procès (Ghardaïa 3 janvier 2009 et Médéa 27 mai 2009).
- L’action du frère Yacine Zaïd : employé
de la société Eurest, filiale de la multinationale Compass de Hassi Messaoud,
il sera licencié pour avoir créé une section syndicale au sein de cette société
en 2006 pour défendre les intérêts des travailleurs. Il sera non seulement
licencié mais poursuivi en justice pour « diffamation ». En réalité
il avait porté sur le web son cas et où il avait dénoncé les conditions de
travail et d’hébergement des travailleurs de cette société. Il en est à près de
30 comparutions au niveau des tribunaux de Laghouat et de Hassi Messaoud. Ce
courageux jeune syndicaliste a eu le mérite de lever le voile sur les
conditions désastreuses des travailleurs du Sud. Les syndicats autonomes
algériens et de nombreux syndicats étrangers lui ont apporté leur soutien.
- La grève de la faim de notre
courageuse sœur Meriem Mehdi : cette compatriote de 42 ans, originaire de
Béjaïa et exerçant au sein de la multinationale British Gas de Hassi Messaoud
comme coordinatrice d’administration et des opérations, avait été
arbitrairement licenciée par cette dernière le 08 novembre 2009. Ayant épuisé
toutes les procédures et devant le silence d’une administration censée défendre
ses droits, elle optera pour une grève de la faim illimitée, pour porter sur la
place publique son problème. Elle sera soutenue par de nombreux syndicats
autonomes en Algérie et par des syndicats étrangers, tout comme par des
journalistes et des militants des droits de l’homme. Là aussi, des membres de
la coordination de l’Appel lui rendront visite régulièrement pour lui apporter
leur soutien. Après plus de deux mois de grève de la faim et de nombreux
problèmes de santé, elle finira par arracher ses droits. Son combat avait
permis de dévoiler l’exploitation des travailleurs par certaines
multinationales qui occupent notre Eldorado saharien.
- L’affaire du vaccin contre la grippe
porcine : Cette affaire, qui dénonce à priori des organismes
internationaux tels que l’OMS et les commissions de pharmacovigilances (formés
de scientifiques reconnus), en mettant en évidence les conflits d’intérêts
flagrants de scientifiques entretenus et payés par l’industrie pharmaceutique,
nous interpelle d’abord et une fois de plus sur la nature du pouvoir illégitime
corrompu et incompétent en Algérie, un pouvoir qui a continué à gérer un
problème de santé publique par la logique des containers, allant jusqu’à
révoquer les responsables qui ont refusé de signer des certificats de mise en
circulation du vaccin, un pouvoir en quête de légitimité qui est prêt à
être le meilleur défenseur de toute la mafia internationale du médicament et
tout ce qui peut générer le profit, l’argent facile et la fuite des capitaux en
devises, un pouvoir qui contrôle la parole et la pensée y compris de son élite
pseudo scientifique qui aurait pu, pour une fois, s’exprimer ne serait-ce que
sur l’aspect technique de la question.
- Le rappel de la responsabilité du
pouvoir et des groupes armés dans les assassinats, les massacres, les cas
de torture et de disparition, durant les années de sang et de larmes, ainsi que
l’instrumentalisation du « terrorisme » d’une façon générale. Dans
les débats, il a été maintes fois rappelé l’attachement au devoir de
vérité et de justice sans concession. Tout comme il a été affirmé le souhait de
voir l’Etat de Droit de l’Algérie de demain mettre en œuvre en toute
sérénité et loin de tout esprit de vengeance les mécanismes nécessaires pour
faire éclater la vérité et mettre fin à l’impunité.
Les intervenants sur LQA ont aussi dénoncé la dite « charte de
réconciliation nationale ». Cette loi est considérée par beaucoup comme un
sacrilège, ayant servi de monnaie de change pour la pérennité d’un système qui
s’est engagé à protéger et à couvrir les auteurs de crimes contre l’humanité.
Parmi les actions concrètes menées par le collectif de l’Appel du 19 mars, il faut également
citer deux initiatives d’une grande portée politique :
- L’appel lancé par le Dr S.E. Sidhoum
pour la constitution, en Algérie et à l’étranger, de comités qui auraient pour
mission de réunir des données et des informations sur les fortunes constituées
par les barons du régime grâce au pillage de l’économie nationale et
d’envisager des actions judiciaires appropriées. Lire davantage
- La lettre ouverte adressée au chef de
l’Etat par notre frère Abdelkader Dehbi.
Lire davantage
La communauté qui s’est constituée autour de la coordination et de son
organe d’information, LQA doit aujourd’hui passer à une étape supérieure dans
l’action en :
- exprimant et assumant clairement et
consciemment son adhésion à l’Appel du 19 mars, ses principes, ses moyens
d’action et ses buts. Leur enrichissement n’étant pas exclu. Des compatriotes
ont émis le vœu de se constituer en comités de réflexion et d’action en Algérie
et en exil. De nombreux étudiants se sont portés volontaires. Certains comités
ont déjà vu le jour. Ils se proposent de sensibiliser et d’organiser les
citoyens autour des idées de l’Appel, constituant le relais de la coordination
avec la base populaire.
- s’organisant, afin d’élargir le champ
d’action et faire la jonction avec les autres forces vives qui œuvrent pour le
changement pacifique et en intensifiant l’effort de communication en direction
du peuple Algérien. Pour cela elle doit œuvrer :
- A la réalisation du
compromis ou accord politique historique, véritable charte éthique
acceptée et respectée par tous. Pour cela des contacts ont été entrepris
avec toutes les volontés engagées pour discuter de ce projet.
- Au rassemblement de
toutes ces volontés sincères au sein d’un Front du Changement National,
un Front dont le but unique est le changement du système politique et
l’instauration d’un Etat de Droit.
Conclusion :
Notre objectif est clair : sortir du système mis en place par
ceux qui ont pris le pouvoir en 62 et qui ont dénié au peuple le droit de
s’exprimer et de prendre sa destinée en main. Libérer le pays de la domination
de cette oligarchie militaro-financière – qui a su s’adapter à toutes les
situations depuis 62 – et redonner la parole au peuple dans toute sa diversité.
Surtout ne pas refaire les mêmes erreurs.
Après 47 ans de gâchis national qui a abouti à une faillite sanglante, le
peuple algérien aspire à un véritable changement et une rupture radicale avec
les méthodes du passé. Un changement pour instaurer un Etat de Droit dans une Algérie
de Justice, de liberté et de démocratie. Une Algérie ancrée dans ses valeurs
civilisationnelles, qui reconnaitra tous ses enfants, sans exclusion aucune.
Une Algérie qui permettra à l’intelligence de s’épanouir, au travailleur de
prospérer et qui protégera les plus faibles en leur assurant le minimum vital.
Une Algérie où chacun s’y sentira digne et fier, et travaillera avec ardeur
pour améliorer sa situation et, par delà, celle de sa patrie.
Que toutes les volontés sincères, ici en Algérie et dans notre chère
diaspora, s’organisent. Que nos élites se réveillent et œuvrent à ce compromis
ou accord politique historique et se rassemblent au sein du Front du Changement
National en vue de la pleine réalisation des vœux de la Nation !
Que la jonction entre les élites résolues et engagées et le peuple, avec à
sa tête les couches les mieux organisées et les plus conscientes (syndicats
autonomes et étudiants), se réalise pour faire aboutir cette dynamique
populaire pacifique du changement.
Engageons-nous résolument et avec confiance :
- A restaurer l’espoir de chacun, en
particulier la jeunesse, à reconstruire un Etat démocratique dans lequel
tous les Algériens se sentent réellement des citoyens à part entière, dans leur
propre pays ; afin que le pouvoir soit de nouveau l’émanation du peuple,
dans un climat social de libre adhésion à la volonté populaire et de réelle
égalité devant la loi.
- A rompre avec l’éternel retour des
traumatismes des situations d’exceptions en s’extirpant de l’esprit de l’état
d’urgence décidé par l’administration coloniale en avril 1955, et qui fait
office de dogme politique jusqu’à nos jours. A la logique de continuité et
d’extension de la dynamique coloniale doit succéder la volonté de
valoriser le potentiel de nos ressources tant sur le plan individuel que
collectif.
- A faire renaître en chaque
Algérienne et Algérien le sentiment d’appartenance à une communauté
fraternelle, solidaire et indivisible, où chaque citoyen(ne) œuvre librement
pour le bien commun.
- A promouvoir un état d’esprit libéré
du défaitisme et à combattre fermement toutes les dérives qui sont imposées à
la jeunesse, en l’accompagnant et en la canalisant afin de lui permettre
de choisir ses propres voies.
Conjuguons nos efforts pour mettre fin à la dérive de notre Algérie et
faisons en sorte que cette dynamique du changement démocratique soit la
préoccupation de toutes et de tous.
Tout commence aujourd’hui….pour l’Algérie de demain.
Coordination de l’Appel
du 19 mars 2009
Alger le 19 mars 2010 LQA
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