  yacine Zaid Yacine Zaid | Algérie: La « mal-vie »: rapport sur la situation des droits économiques, sociaux et culturels en Algérie il y a 714 jours Citation('1105502','1105502','5','9289')">Reporter spam
II.4
UGTA : un monopole bien gardé
La création de syndicats autonomes dans le secteur productif est impossible.
Yacine Zaïd, travailleur d’Hassi Messaoud, en fait l’amère expérience. Dans
cette ville champignon proche de Ouargla sont extraits près des deux tiers du
pétrole algérien; y accéder nécessite un permis spécial, rendant impossible les
enquêtes indépendantes. Indigné par le sort des travailleurs dans ce far-west
saharien , Zaïd, responsable de la sécurité de l’entreprise de restauration
collective Eurest Support Services, filiale du groupe britannique Compass,
décide de créer une section syndicale (1.400 travailleurs à l‘assemblée
générale constitutive). L’entreprise lui conteste ce droit. Du jour au
lendemain, l’employé modèle, récompensé régulièrement par des primes, devient
indésirable, puis est licencié. Dans sa notification de licenciement en juin
2007, est cité l’article 22 du décret exécutif n°96-158 du 4 mai 1996: « les
cadres et agents chargés de la sûreté interne de l’établissement : (…) doivent
observer scrupuleusement les obligations de loyauté, de réserve, de neutralité
et d’impartialité et s’interdisent toute intervention dans les relations de
travail et les litiges et conflits professionnels d’ordre administratif ou
syndical au sein de l’établissement ». Ils sont aussi tenus, par le même
article, à un secret professionnel. A cette catégorie de salariés, la liberté
syndicale est donc purement et simplement confisquée. Yacine Zaïd obtient le
soutien des syndicats autonomes algériens, des militants des droits de l’Homme,
et d’organisations internationales78. D’autres tentatives de création de
sections syndicales à Hassi Messaoud ont conduit leurs initiateurs au
licenciement79 : Mis Waco, Western Gico, Woder Food, Beaker Huggs… Le silence
de l’UGTA est assourdissant.
Parce qu’il médiatise son expérience, Yacine Zaïd80 subit un harcèlement
judiciaire manifeste. Noyé sous une avalanche de plaintes pour diffamation,
insultes (7 à ce jour), il est ruiné mais reste mobilisé. « Ils sont des
milliers de salariés maltraités qui pensent qu’ils n’ont aucun recours, je veux
prouver à tous que nos droits sont bafoués et que nous devons nous mobiliser collectivement
pour les défendre», estime-t-il. D’après des témoignages recueillis par la
mission, les taux de suicide seraient particulièrement élevés à Hassi Messaoud,
mais dans cette région considérée comme une zone de non droit, aucune donnée
n’est vérifiable..
Non seulement les autorités algériennes laissent les entreprises d‘Hassi
Messaoud (multinationales et sous-traitants locaux) bafouer en toute impunité
la législation algérienne sur le travail, mais en empêchant les salariés dont
c’est pourtant un droit garanti par la Constitution (art. 56) et la Convention
87 de l’OIT (art.2), ils donnent aussi aux contrevenants les moyens de la
répression d’Etat.
La proximité de l’UGTA avec le pouvoir est plus que jamais visible. Elle est
devenu « un instrument totalement discrédité de contrôle social », estime le
CISA. Sa gestion des conflits comme ceux de Rouiba, témoignent de l’attitude
ambigüe des représentants de l’UGTA. En janvier 2010, dans la zone industrielle
de Rouiba, la grève de la SNVI (Société nationale des véhicules industriels, à
la dérive avec seulement quelques centaines de voitures produites pour la
police et pour l’armée et avec 60 milliards de dinars de dettes) gagne toutes
les entreprises présentes comme Anabib, Magi, Cammo... Les salariés revendiquent
le maintien de l’actuel dispositif de mise à la retraite, la hausse des
salaires et la généralisation du SNMG à toutes les catégories de travailleurs.
Dans la rue, face aux forces anti-émeute et de leurs engins SNVI, les
manifestants sont entre 2.000 et 5.000 selon les jours. Sur le terrain, les
représentants de l’UGTA sont débordés, incapables de répondre aux injonctions
de la direction nationale et de contenir la grève81; dans la foule, des
manifestants lancent à l‘adresse de Sidi Saïd, le puissant patron de l‘UGTA, «
il nous a trahi« . Contrainte, l’UGTA locale se rebelle après quelques jours
contre ce qu’elle qualifie de « communiqués philosophiques ». «Il n’est pas
question de les faire passer (…). Les travailleurs ne sont plus dupes (…) », confie
un syndicaliste local82. In fine et sans réelles garanties, la grève a pris fin
le 14 janvier.
78. Campagne de solidarité du mouvement syndical international sur son site
LabourStart, et soutiens nombreux de la CFDT Hôtellerie, Tourisme,
Restauration, www.cfdt-htr.org
79. « Des sociétés étrangères exploitent les Algériens », El Watan, 27 juillet
2009
80. Yacine-zaid.mylivepage.com, www.facebook.com. En rédigeant des blogs,
en initiant des groupes Facebook, ce pionnier tente de sortir l’Algérie de son
isolement et invente une nouvelle forme de protestation
81. « La contestation gagne la zone industrielle », El Watan, 7 janvier 2010
82. « Rouïba : la grève de la SNVI reconduite », Le Quotidien d’Oran, 12
janvier 2010
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